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HIER ET AVANT-HIER



De l'antique place-forte troglodyte au XIIe siècle





La Roche-de-Guy, place forte aux confins du domaine royal et de la Normandie, représenta, aux XIIe et XIIIe siècles, l'atout majeur de la ligne de défense française entre Seine et Epte.

Le premier épisode de ces luttes frontalières n'est guère glorieux pour le seigneur du lieu :
... Guyon de La Roche, avide de l'argent des Anglais, leur livra ses forteresses de La Roche et de Vétheuil... 1097 (Orderic Vital).
Par contre, son fils, également prénommé Guyon... rompit toute attache avec la perversité et félonie de ses père, grand-père et bisaïeul ; fidèle au roi de France, il fut massacré par son beau-père normand, Guillaume, un dimanche dans l'église contiguë au château. Son épouse (la propre fille du meurtrier) et leurs enfants furent également tués... mai 1109 (Suger).

Le récit de ce massacre, par Suger, écrit en 1125, fait suite à la première description connue de la forteresse :
... Au-dessus du promontoire du rivage escarpé du grand fleuve de Seine, s'élève un château d'aspect sauvage et sans noblesse que l'on appelle Roche-de-Guyon. Invisible à sa surface, il se trouve creusé dans une haute roche... Au penchant de la montagne, dans la roche, l'habile main de l'architecte a aménagé une ample maison pourvue d'ouvertures rares et misérables...

En ce début de XIIe siècle se conclut ce que l'on peut considérer comme la première période de l'histoire de La Roche-Guyon.

D'autres traces, il n'en existe guère ; on peut citer : La forteresse et le village primitifs de La Roche-Guyon sont donc troglodytiques et s'il reste de nombreux vestiges des habitations, le premier château a disparu lors des travaux d'aménagement de la plate-forme sur laquelle repose le château actuel. Travail cyclopéen, fait de main d'homme, que d'abattre le coteau pour n'en laisser qu'une falaise à vif épaulant aujourd'hui le château et portant la tour.



1200-1460 - Les Guy de La Roche



A partir du XIIIe siècle, l'histoire des seigneurs de La Roche nous est mieux connue. Quant aux habitants du bourg, peu de traces subsistent. Disons que la féodalité - basée sur la réciproque assistance du guerrier protégeant ses sujets, à charge pour eux de l'entretenir - ne s'y affirma pas sans concessions de la part du seigneur :
C'est, en 1259, le litige entre Jean de La Roche et les hommes de La Roche : ayant fait des plantations alors que les dits hommes s'y opposaient, au terme d'une conciliation faite par des hommes honnêtes et dignes de foi, la paix fut rétablie..., le seigneur leur abandonna et laissa, avec l'accord et selon le vœu de son épouse Marguerite, le Bois de Béclet, conservant cependant son droit de seigneurerie et de justice.

De plus, il supprima la banalité du four, contre versement annuel de soixante ducats parisis.

Ce seigneur, Jean, est le père de Guy Ier de La Roche, premier châtelain à porter directement son hommage au roi Philippe le Bel, en 1301.

Le possesseur du fief de La Roche-Guyon hérite d'un domaine aux revenus importants parmi lesquels il faut citer le péage de la rivière de Seine, de Rosny au confluent de l'Epte, consenti à son ancêtre par Philippe-Auguste.

Sa puissance réside sur sa forteresse, exemple peut-être unique de défense à deux pôles : la tour, formidable bâtisse au double chemisage dardant son massif éperon au nord-ouest et le manoir, solidaire du rocher, auquel elle est reliée par un escalier souterrain débouchant à mi-falaise sur un système de passerelles mobiles.

Cet ensemble de bâtiments, essentiellement passif, voué à la défense, édifié à l'époque où le souverain entreprenait la conquête de la Normandie, subira, jusqu'à la fin de la guerre de Cent Ans, peu de modifications.

L'on trouvera désormais, constamment, dans les récits guerriers, aux côtés du souverain, les successeurs de Guy Ier ; ce qui leur vaudra d'accumuler de nombreux droits, rentes et titres.

C'est Guy II, signalé aux côtés de Charles IV, guerroyant en 1324, en Guyenne, duquel il obtint la concession de chasse en forêt d'Arthie.

Guy III, qui hérite du fief en 1328, passe sa brève existence de seigneur de La Roche en tractations avec ses onze frères et sœurs :





Ainsi nous est-il donné un aperçu de l'étendue du domaine de La Roche.
Guy IV est mentionné aux côtés de Jean II le Bon, lors des premiers engagements de la guerre de Cent Ans.
Guy V prend part à toutes les expéditions contre l'Anglais; à Bassempouy (1387), il est le premier qui céans entra ! Il reçut la charge de Grand Pannetier et en 1407, il était membre du Grand Conseil.

Guy VI, dont l'épouse était Perrette de La Rivière, fille du Premier Chambellan des rois Charles V et Charles VI, fut tué à Azincourt, en 1415. Sa veuve, première dame à entrer dans l'histoire de La Roche-Guyon, eut, selon les chroniqueurs, un comportement qualifié d'exemplaire.
En 1419, son château de La Roche fut assiégé par les Anglais : Les gens de la place, ayant repoussé avec dédain les sommations qui leur étaient faites de se rendre et ayant tué beaucoup de monde dans les assaults nombreux et meurtriers qu'ils avaient livrés, elle fut contrainte de capituler devant la menace faite par l'assaillant de miner les murs de la place par des caves qui étaient dans le voisinage...
La châtelaine se réfugia auprès du dauphin (futur Charles VII) et devint première dame d'honneur de la reine, charge qu'elle occupa jusqu'en 1463. Marraine de Charles, frère de Louis XI, elle fut à Reims, avec la princesse, la première parmi les douze tant dames que demoiselles d'honneur.
Ce fut son fils, Guy VII, qui reconquit son fief en 1449. En 1460, à sa mort, il ne laissait qu'une seule héritière : sa fille Marie de La Roche.

1460-1659 Les Silly et les Plessis-Liancourt



Marie de La Roche épousa en secondes noces, en 1474, Bertin de Silly, maitre d'hôtel du roi Louis XI.

Ce seigneur, avisé, intime du souverain, usa de son crédit pour développer la prospérité du bourg.

En octobre 1493, il obtenait des lettres patentes établissant à La Roche-Guyon deux foires par an et un marché hebdomadaire. Quelques passages de ce texte diront mieux qu'un commentaire la considération royale pour son fidèle serviteur et l'intérêt de cette décision pour le bourg :

... avons reçu humble supplication de nostre âmé et féal conseillier et chambellan...
...la dicte terre et seigneurerie de La Roche-Guyon est chastellenie de grant estendue où il y a place fort ancienne avec droit de justice, haulte, moyenne et basse... où communément abondent, passent, affluent et fréquentent plusieurs gens marchans et autres... et que pour mieux repopuler et augmenter le dit lieu... et pour le bien des habitants... qu'il eust ung marché chascune sepmaine et deux foires par chacun an, c'est assavoir l'une le mardi prouchain après la feste saincte Catherine au moys de novembre, l'autre le mardi prouchain après la feste sainct Barnabé au mois de juing et le dit marché au jour de mardi de chascune sepmaine.


En 1504, un grenier à sel était créé qui instituait à La Roche une nouvelle administration.
Ainsi s'affirmait la prospérité du bourg qui devait durer jusqu'au-delà de la Révolution.

Le roi François Ier, souverain nomade, transportait tout ou partie de sa Cour de ville en château tout au long de l'année.
Lors d'une étape à La Roche-Guyon se produisit un macabre fait divers, ou fait d'hiver puisqu'il se produisit le 18 février 1546, au terme d'une bataille de boules de neige :
... François de Bourbon, duc d'Enghien, jeune prince, fut en folastrant et jouant à La Rocheguion, où était la Cour, tué d'un bahut qui luy fut jetté d'une fenestre par le seigneur Corneille Bentivoglio, italien, le 18 febvrier, un jour de mardy, qu'on remarqua fatal à ce jeune seigneur, pleuré et regretté pour sa valeur de toute la noblesse de France, qui l'aimoit et respectoit beaucoup.

Henri IV, lui aussi, fit de fréquents séjours à La Roche-Guyon, notamment lors de sa campagne de 1590.
Ses visites étaient plus intimes que celles de François Ier.
La châtelaine, Antoinette de Pons, dame de La Roche, marquise de Guercheville, veuve de Henri de Silly depuis 1586, après avoir brillé à la Cour de Henri III, s'était retirée à La Roche-Guyon, où le roi l'avait déjà rencontrée l'hiver précédent. Il en était devenu éperdument amoureux jusqu'à lui proposer de l'épouser. Elle mit à lui résister une telle persévérance qu'il finit par renoncer à ses poursuites... et la nomma, en 1600, première dame d'honneur de la reine. Puisque dame d'honneur vous êtes, dame d'honneur vous serez..., aurait-il dit avec humour ! En 1590, pourtant, il lui écrivait de bien jolies missives :
Ma Maistresse.
Je vous escris ce mot le jour de la veille d'une bataille. L'yssue en est en la main de Dieu, qui en a desja ordonné ce qui en doibt advenir et ce qu'il congnoist estre expedient pour sa gloire et pour le salut de mon peuple. Si je la perds, vous ne me verrés jamais, car je ne suis pas homme qui fuye ou qui reculle. Bien vous puis-je asseurer qui, si j'y meurs, ma pénultième pensée sera à vous, et ma dernière sera à Dieu, auquel je vous recommande et moy aussy.
Ce dernier aoust 1590, de la main de celuy qui baise les vostres et qui est votre serviteur.
Henry


C'est en faveur du fils d'Antoinette de Pons et Henri de Silly, François, que le comté de La Roche-Guyon fut érigé une première fois en duché-pairie.
Lettres patentes de janvier 1621 :
...créons... la dicte terre et seigneurerie et comté de La Roche-Guyon en titre, nom et dignité et prééminence du duché et pairie de France... voulons le dict François de Silly et ses successeurs, estre tenus et nommés ducs de La Roche-Guyon et pairs de France pour en jouir perpétuellement...
Ces lettres ne furent jamais enregistrées ; François de Silly fut tué au siège de La Rochelle, en janvier 1628 ; il était âgé de quarante-deux ans et n'avait eu qu'une fille décédée quelques jours après sa naissance.
Sa veuve, Catherine de Matignon, lui fit sculpter un magnifique tombeau que l'on peut voir dans l'église de La Roche-Guyon.

Le domaine redevint, dès lors, propriété d'Antoinette de Pons, depuis remariée, en 1594, à Charles du Plessis, seigneur de Liancourt.

En mai 1643, leur fils, Roger, ami d'enfance de Louis XIII, qui pressentait alors sa fin prochaine, vit, pour ses services et en ses qualités de premier gentilhomme et de premier écuyer et en plusieurs autres emplois considérables, sa terre de La Roche-Guyon, érigée en duché-pairie par lettres patentes.

Ces lettres ne furent enregistrées qu'en 1663.

Son épouse, Jeanne de Schömberg et lui-même étaient acquis aux idées de Port-Royal, ce qui leur valut quelques déboires dans leur longue existence partagée entre la Cour et leurs domaines de Liancourt et La Roche-Guyon.

De cette époque date la première représentation connue du château de La Roche-Guyon.

Leur gendre, François VII de La Rochefoucauld, "l'ami du roi" (Louis XIV), était un grand du royaume, ami de Madame de Sévigné.

Il était à la fois gouverneur du Berry, grand maître de la garde-robe, grand veneur. Veuf dès 1669, il laissa, en accord avec ses beaux-parents, sa terre de La Roche-Guyon à ses enfants François VIII et Henri-Roger, bien qu'il continuât à en assurer le gouvernement pendant leur minorité.

François VIII de La Rochefoucauld épousa... pour raison d'État... la fille de Louvois, Madeleine Chariotte Le Thellier.



1659-1797 Les La Rochefoucauld



L'on entre, avec les La Rochefoucauld, dans la période la plus fastueuse du château de La Roche-Guyon.

... Cette maison de La Rochefoucauld est une tribu d'Israël ; ce sont d'honnêtes et bonnes gens... il n'y a pas de morgue dans toute cette famille... il y a du bon sens, de la simplicité ! (Madame du Deffand.)

Le fils de François VII, Alexandre de La Rochefoucauld, duc de La Roche-Guyon, et sa petite fille, Marie-Louise, duchesse d'Enville, duchesse de La Roche-Guyon, donnèrent au village et au château leurs physionomies actuelles.

Ces deux personnages sont restés dans la mémoire guyonnaise sous les noms de "duc Alexandre" et "Madame d'Enville".

Le duché, érigé une troisième fois en duché-pairie par lettres patentes du 12 mars 1732, comprenait les paroisses de La Roche-Guyon, Gommecourt, Clachaloze, Bennecourt, Limetz, Vilez, Amenucourt, Roconval, Beauregard, Chérence, Montreuil-sur-Epte, Haute-Isle, Chantemesle, Vétheuil, Aincourt, Saint-Martin-la-Garenne, Sandrancourt, Guernes, Moisson, Rolleboise, Méricourt, Freneuse, Coppières et Bonnières.

A la suite d'une cabale de Cour, dirigée contre Madame de Châteauroux à laquelle il se trouva mêlé, le duc Alexandre fut exilé sur ses terres de La Roche-Guyon.

Amorcée dès 1730 par sa mère, la duchesse douairière, fille de Louvois, la restructuration du château fut poursuivie par le duc exilé pendant plus de vingt ans.

Le bâtiment principal du château, massif, était compris entre la grosse tour ronde et la tourelle d'escalier jouxtant la falaise à l'est et la tour carrée à l'ouest. Au sud, la muraille s'élevait du sol aux créneaux, percée de quelques ouvertures et surmontée d'un toit à la pente très raide. L'entrée de ce logis se faisait par une porte étroite, surbaissée, défendue par une herse.



Sous la conduite de l'architecte Louis Villars, en s'assurant les services de Bailly, garde général des tableaux du roi, de la manufacture des Gobelins, des peintres Oudry (peintre animalier), Vanloo, Boucher..., le duc réalisa une demeure à la mesure de son état.

Le rempart est fut percé d'une entrée monumentale, baroque, par laquelle on accède à l'escalier d'honneur, conduisant au-delà de la salle des gardes à une suite de pièces de réception : salons, salle de billard, fumoir..., aboutissant à la chambre ducale et à la bibliothèque. Dès 1743, ces aménagements étaient terminés de même que le pavillon de l'Horloge, à l'est de la cour d'honneur. Les écuries le furent en 1745, de même que le pavillon Fernand, inélégante adjonction à l'est de la façade.

C'est encore au duc Alexandre que l'on doit, dès 1742, le système d'alimentation en eau du château et du village.

Par une judicieuse politique de plantation d'arbres, d'amélioration des routes, il sut donner au cœur de son duché une physionomie des plus avenantes en remplacement des nombreuses garennes et mauvaises routes tortueuses.

Toutes les administrations ducales trouvèrent des logis, aujourd'hui restaurés et refaçonnés :
- le bailliage,
- la gabelle,
- les impôts...

Enfin, pour parfaire son œuvre, il fit paver les rues du bourg.

Sa fille, Madame d'Enville, la paracheva. Après la mort de son père, en 1762, elle créa le grand salon et l'actuelle bibliothèque, dignes de sa qualité et de celle de ses hôtes parmi lesquels figurèrent Voltaire, Condorcet et surtout Turgot.

Ses amitiés humanistes amenèrent Madame d'Enville à s'intéresser au sort des habitants de son duché. ... Madame d'Enville, disait encore Madame du Deffand, ne vous déplairait pas. Elle n'a pas les grands airs de nos grandes dames, elle a le ton assez animé, elle est entichée de philosophie moderne mais elle la pratique plus qu'elle ne la prêche.

Plus soucieuse de donner du travail que de faire l'aumône, elle créa des magnaneries (des muriers subsistent encore en forêt de Moisson), une briqueterie, un four à chaux, une fabrique de toile de coton, une de soie... Elle établit encore une école gratuite et les mauvaises années, nombreuses alors, elle créait des ateliers de charité.

Son œuvre de bienfaisance était relayée par la Confrérie des Dames de la Charité, instituée en 1661 et qui fut active jusqu'à la Révolution. Plus ancienne encore était la Confrérie de Saint-Roch, créée en ce lieu par temps de peste pour exercer toutes sortes d'œuvres de piété et de charité ; la dernière épidémie (le choléra de 1832) fut l'ultime occasion pour elle de s'exprimer. Subsistent aujourd'hui, dans l'une des chapelles de l'église, les bannières de ces confréries.

Parmi les hôtes de marque de la duchesse, une mention spéciale doit être faite pour l'agronome anglais Arthur Young qui, lors de ses "Voyages en France", de 1787, 1788, 1789 observa objectivement la société française et ses pratiques :

... [La Roche-Guyon], c'est un des endroits les plus singuliers où j'ai été... le 10 octobre 1788, Madame d'Enville me reçut d'une façon qui m'aurait rendu agréable cet endroit, même s'il avait été situé au milieu d'un marais... le duc, son fils, a eu l'amabilité d'ordonner à son intendant de me donner tous les renseignements... en Angleterre, on aurait prié trois ou quatre fermiers de se rencontrer à moi et ils auraient diné avec la famille... c'est ce qui, dans le présent état des mœurs françaises, n'arriverait jamais de Calais à Bayonne.

Viennent ensuite des remarques sur les cultures à La Roche-Guyon : La luzerne est très cultivée... la duchesse en a 50 arpents, un cultivateur 47... le sainfoin dure trois ou quatre ans... les vignes sont la plus mauvaise propriété et se trouvent seulement aux mains des propriétaires pauvres... le loyer d'une maison est de 20 à 40 livres mais, en général, on se loge pour quelques sous dans la roche crayeuse... de bons fileurs de coton gagnent 12 à 15 sous par jour... ce qui rapporte davantage, ce sont les plantations de saules ; la duchesse en a 3 arpents et demi... ou les peupliers de Lombardie... ces arbres poussent sur le niveau même de la Seine.

Le bourg, lors des voyages de Young, était fort d'un bon millier d'habitants dont les demeures ne se répandaient point encore au-delà de la halle, vers la Seine, et se trouvaient à proximité du château ou le long des charrières menant aux crêtes.

La bienveillance de Madame d'Enville, s'appuyant sur une gestion rigoureuse de son domaine, permettait que, dans le duché, et plus spécialement à La Roche-Guyon, l'on connût un peu moins qu'ailleurs la disette, la famine ou plus communément la misère.

La Révolution allait bouleverser l'ordre établi mais non les mentalités et les usages anciens restèrent encore longtemps en vigueur.

1789-1797
La Révolution
La Municipalité
Les Rohan-Chabot



Faisant suite à des récoltes médiocres, cependant épargnées par le désastreux orage du 13 juillet 1788 qui, ailleurs en Vexin, en anéantit une grande partie, le rigoureux hiver 1788-1789 où la rivière de Seine fut prise dans les glaces et où la terre gela de quinze pouces, amena un renchérissement des denrées, et notamment du blé.

La France était ruinée par la guerre de Sept Ans ; le roi, le 21 janvier 1789, convoqua les États Généraux.

Pour la paroisse de La Roche-Guyon, composée de 229 feux, on élit députés au bailliage de Chaumont, Maitre Jean-Jacques Feugères, avocat au Parlement, et les sieurs Nicolas Alexandre et André François Chandellier, maçon.

A Chaumont, Jean-Jacques Feugères prit encore part à l'élection du bailliage. Le fils de Madame d'Enville, Monsieur de La Rochefoucauld fut nommé député par la noblesse de la ville de Paris et, dès le 25 juin 1789, il fit partie des 47 nobles qui se réunirent au Tiers-Etat.

Le cahier de doléances de la paroisse de La Roche-Guyon fut approuvé le 8 mars. On peut y lire, outre les articles proposant des mesures propres à améliorer le fonctionnement du royaume, tant en matière administrative que judiciaire ou financière, des plaintes contre : La période révolutionnaire se caractérisa à La Roche-Guyon par l'arrestation de la châtelaine et de sa fille, la mort de ses fils et petits-fils, la destruction partielle du donjon et comme partout par l'insuffisance d'approvisionnement, notamment du blé.

Le 15 janvier 1790, La Roche-Guyon devenait chef-lieu de canton et le restera seulement jusqu'en 1801 ; le 31 janvier, étaient élus le premier maire, Jean-Baptiste Leconte, les officiers et les notables du corps municipal, aux nombres de six et quatorze, enfin le procureur de la commune et le secrétaire greffier.

Les premières préoccupations de la nouvelle assemblée furent l'approvisionnement du marché aux blés, la constitution de la milice nationale, puis l'aménagement de la halle pour en faire le lieu ordinaire des séances.

6 décembre 1791 : l'on procédera à l'établissement d'une maison de force, d'un corps de garde et, au-dessus, des chambres, l'une pour les assemblées de la municipalité et de la commune, l'autre pour le juge de paix et le surplus servant de grenier à avoine pour servir de resserre aux particuliers qui apporteront des grains pour l'approvisionnement du marché du dit lieu.

En septembre 1792, le fils et le petit-fils de Madame d'Enville étaient massacrés, l'un à Gisors, l'autre dans la prison de Saint-Germain-des-Prés.

Le 2 octobre 1793, la destruction de la tour était ordonnée parce que pouvant devenir un repaire propre à accueillir des contre-révolutionnaires. Les démolisseurs, ayant comblé les enceintes des pierres du haut de la tour, se lassèrent et l'abandonnèrent dans l'état où nous la voyons aujourd'hui.

Fin octobre 1793, Madame d'Enville et sa fille étaient arrêtées et incarcérées. Dès lors, les habitants de La Roche-Guyon se mobilisèrent et pétitionnèrent à plusieurs reprises, rappelant les bienfaits de la duchesse. Ils finirent par obtenir leur libération, le 2 octobre 1794.

Les années qui suivirent marquèrent la mise en place de l'autorité communale dont la principale préoccupation resta la cherté des grains, surtout pour une commune dont le sol était peu propice à cette culture.

En 1797, la mort de Madame d'Enville marquait la fin des traditions, des idées, des mœurs, des institutions et de tout le passé, désormais écroulé de l'ancien régime... (Emile Rousse.)

Le bourg de La Roche-Guyon était alors chef-lieu de canton ; l'on y dénombrait 944 individus, dont 50 défenseurs de la patrie. (Recensement de l'an VII - 1798.)
Un an plus tard, l'on dénombrait 878 personnes dont 38 défenseurs de la Patrie.

La Roche-Guyon, pendant les guerres de l'Empire, paya un lourd tribu en vies humaines ; dix jeunes gens, au moins, de 20 à 27 ans y moururent, dont deux des fils d'Hippolite Alexandre, le maire.

A la Restauration, en 1816, e château était propriété de l'abbé-duc de Rohan ; il le fit réaménager pour ses retraitants illustres, accueillis lors des épisodes importants de l'année liturgique.
Lamartine y vint et y écrivit une "Méditation" certainement significative de l'ambiance recueillie, voire austère, qui régnait dans le château :
...Ici viennent mourir les derniers bruits du monde...
...Dans le creux du rocher, sous une voûte obscure
S'élève un simple autel...


Le duc avait effectivement fait réaménager la chapelle troglodytique en trois nefs parallèles, creusées dans la falaise ; il y célébrait chaque jour les offices.

1829-1990
Changement de vocation



En 1829, le duc François de La Rochefoucauld, petit-neveu de la duchesse d'Enville, devenait propriétaire du château. C'est aujourd'hui encore, son descendant direct, Alfred de La Rochefoucauld, qui le possède.

Mais le duché de La Roche-Guyon n'existait plus, les paroisses étaient devenues communes, le châtelain ne tirait plus de revenus de ses sujets. Il était devenu, à La Roche-Guyon, un citoyen ayant les mêmes droits et les mêmes devoirs que les autres. Dans les mentalités et dans la réalité, ce fut un peu différent : les propriétaires du château possédaient alors de nombreuses maisons dans le bourg et dans les villages d'alentour, une ferme à Haute-Isle, les terres cultivables de la vallée, la majeure partie du bois, le potager dont ils tirèrent longtemps encore des revenus. Pour nombre de Guyonnais, ils restèrent, pendant plusieurs générations, l'autorité ou le bienfaiteur, la référence ou l'employeur.

Les administrations de l'Ancien Régime n'existaient plus, les nouvelles s'étaient installées ailleurs : Magny-en-Vexin ou Mantes. La Roche-Guyon se dépeuplait, les foires périclitaient ; le marché, encore très animé en ce milieu de XIXe siècle, n'attirerait pus vers 1900, que de rares chalands (E. Rousse), et surtout, le chemin de fer, ignorant La Roche-Guyon, généra à Bonnières et à Gasny des zones d'activités qui contribuèrent au déplacement de la population.

Ce fut encore à l'un des La Rochefoucauld que l'on dut l'initiative du changement de vocation de La Roche-Guyon. En 1850, sous l'impulsion du comte Georges, était créée une maison de convalescence pour enfants. L'on découvrait que La Roche-Guyon avait un site, une qualité de vie, un climat exceptionnels. Victor Hugo, certes, l'avait dit quelques années auparavant, mais ce furent les peintres qui les goûtèrent davantage : les impressionnistes, Pissaro, dès 1867, Renoir puis Cézanne et Monet, enfin le cubiste Braque qui réalisa plusieurs toiles du château.

La maison de convalescence, devenue hôpital de La Roche-Guyon, s'agrandit peu à peu pour devenir aujourd'hui une extension de l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul de Paris. Il a gardé sa vocation première, puisqu'on y soigne toujours des enfants.

Le chemin de fer, rendant les déplacements plus aisés, La Roche-Guyon devint peu à peu un village résidentiel, de nombreux Parisiens dès le début du siècle le ralliaient pour y passer leurs fins de semaines.



La physionomie du bourg n'était alors guère différente de celle d'aujourd'hui ; cependant, un pont enjambait la Seine, faisant des habitants de Freneuse, Moisson ou Mousseaux des voisins alors qu'aujourd'hui ils nous sont inconnus. Ce pont, qui devait être utilisé jusqu'en 1914, fut remplacé en 1936 par un second, construit en aval, que le Génie français dynamita en 1940 et dont on parle encore beaucoup aujourd'hui.

La Seine fut responsable d'un fait divers dont les mémoires gardent également la trace : les crues de 1910. L'inondation atteignit la cote 18,50, alors qu'habituellement, le fleuve s'écoule à 14 ou 15 m. C'est cette cote, atteinte par les inondations de 1910, qui, aujourd'hui encore, sert de référence pour construire les maisons neuves dans la vallée.

I| faut dire que ces inondations durèrent trois semaines, que l'eau atteignit le sol de la halle, inondant le rez-de-chaussée de toutes les maisons bâties "sur des jardins".

La vie des dernières décennies fut, ici comme ailleurs, ponctuée par les deux guerres mondiales.

Centre de repli et de repos des combattants de 1914-1918, certaines maisons conservent les placards peints, indiquant le nombre de soldats pouvant y être accueillis, le village, occupé de 1940 à 1944, vit s'installer au château, de février à juillet 1944, le Q.G. du maréchal Rommel.
Commandant le Groupe d'Armées B, chargé notamment de la surveillance des côtes de Dunkerque à Brest, il était en permission en Allemagne, le 6 juin 1944.
Il ne rallia La Roche-Guyon que dans la nuit du 6 au 7 pour repartir quelques jours plus tard pour le front de Normandie.
Sa voiture, prise sous le feu d'un avion anglais, fut mitraillée ; blessé, le maréchal fut évacué vers l'Allemagne via Gisors. Le corps de son chauffeur, tué dans l'accident, ramené et mis en bière à La Roche-Guyon fut veillé par deux soldats dans l'une des boves de la route de Gasny. (Témoignage G. Sirot)

La libération du village eut lieu le 26 août 1944. Les Anglais ayant passé la Seine à Vernon, les Américains à Mantes devaient se rejoindre à La Roche-Guyon ; les Anglais n'y vinrent jamais, les Américains mal renseignés durent s'y battre ; l'un d'eux y laissa sa vie de même que le lieutenant FFI E. Mansuy.
Lors des bombardements qui précédèrent l'avance alliée, le village et le château furent très touchés ; la reconstruction donna des bâtiments rénovés à la cour d'honneur et une toiture neuve au château, mais disparut à jamais une maison datée de 1520, rue aux Prêtres.

AUJOURD'HUI



L'I.N.S.E.E. définit notre village ainsi : Ajoutons que depuis 1945, entre un passé prestigieux et un avenir incertain, La Roche-Guyon hésite.

DEMAIN



Mais l'avenir n'appartient pas aux hésitants.

Fort de ses dix siècles d'histoire, de son patrimoine architectural, de son site exceptionnel, de son environnement culturel, géographique et touristique, notre village ne peut plus attendre :
Sa vocation est tracée ; il ne peut être qu'un centre touristique et culturel. Il y faudra des équipements pour accroitre sa capacité d'accueil et installer des pôles attractifs.

Cependant, aujourd'hui comme hier, rien ne peut se faire de solide et de durable sans le château.
C'est la volonté de ses propriétaires de l'ouvrir à la visite ; c'est le souhait des Guyonnais de voir vivre leur village et leur fierté de le faire découvrir à leurs visiteurs.


PETIT GUIDE
A USAGE DU VISITEUR




LE CHATEAU



Il y eut à La Roche-Guyon plusieurs châteaux



Le château troglodytique, décrit par Suger, cœur du village primitif, lui aussi fait de caves et de grottes, et détruit lors de l'abattage du coteau ménageant la terrasse sur laquelle reposent les bâtiments actuels.

Le donjon, construit vers 1180-1190, en forme d'amande, éperon tourné vers le nord-Ouest, seul point vulnérable, au cœur cylindrique et ceinturé d'un double chemisage.
La première chemise qui l'entoure complètement est elle-même renforcée d'un éperon massif. Dans cette première enceinte débouchait l'escalier venant du château.
La seconde, bordée de fossés secs, enveloppe la première aux deux tiers ; c'est elle qui permet aujourd'hui l'accès à l'ensemble, par une porte à colonnes doriques, percée au XVIIIe siècle.
Les chemins de ronde de ces deux remparts suivaient la ligne de pente.
La tour, haute d'une vingtaine de mètres, à l'origine, aux murs épais de trois mètres, comptait trois niveaux au-dessus de la basse-fosse.
Cette basse-fosse, aveugle, comporte une cavité rongée par le sel, au nord-ouest, sans doute une cave-saloir, réserve à nourriture.
Le premier étage auquel on accède par une petite porte sous arc en plein cintre, du côté de la vallée, marque aussi le point de départ de l'escalier en vis, ménagé dans la muraille, du côté le moins exposé.
Les planchers des étages reposaient directement sur les retraits des murs.
Au sommet se trouvait une terrasse couvrant également l'éperon, seul endroit permettant des lignes de tir.

Le manoir de la vallée, adossé à la falaise, est contemporain du donjon.
Ses éléments les plus anciens sont les remparts avec chemin de ronde à l'est, encadrés d'une tourelle d'escalier contre la falaise et d'une magnifique tour d'angle au sud, la tour carrée de l'ouest et le rempart du sud, percé et remanié à maintes reprises.
Le château primitif était conçu en "U", très allongé dont les branches rejoignaient la falaise. Au sud, à l'emplacement de la cour des écuries, se trouvait une première enceinte cernée de remparts bordés de fossés, aux angles renforcés de tours massives.

A la Renaissance, les Silly transformèrent la forteresse médiévale en château ; les remparts du bas firent place à des murs d'aspect moins guerrier, les terrasses ouest supportant des jardins furent construites sur de hautes arcades.

Au XVIIIe siècle, le duc Alexandre de La Rochefoucauld et sa fille, Madame d'Enville, modifièrent profondément leur demeure. Cependant, et ce n'est pas le moindre intérêt du château, en respectant complètement certaines constructions antérieures : les tours d'angle, le chemin de ronde, la poterne à herse du Moyen-Age, les terrasses Renaissance.
Le château, modifié un temps, par l'abbé-duc de Rohan, a retrouvé l'aspect qu'il avait à la veille de la Révolution. Guerrier et grandiose, attrayant dans son hétérogénéité, parcourons-le d'est en ouest :
Dominée par la falaise, se trouve la cour d'honneur, cernée des communs, à l'est desquels, faisant face à l'église, se trouve le pavillon de l'Horloge.



De cette cour, on accède à l'intérieur du château par un portail monumental, du XVIIIe, étrangement baroque.

La cour du bas, cernée de douves, s'ouvre par un magnifique portail sommé des armes des La Rochefoucauld.

Reprenant notre description panoramique, nous trouvons, masquant la tour ronde : A l'ouest de cette cour se trouvent les écuries dont la porte est surmontée d'un cheval sculpté par Jamay.

Le château, propriété privée, ne se visite pas encore. Le vœu des propriétaires, comme il a été dit précédemment, est que cela se fasse.

Cet événement heureux pour tous sera l'occasion d'une autre publication, prenant en compte la vie de ce magnifique édifice, telle qu'on peut l'imaginer en cheminant dans ses multiples niveaux où salles, salons, corridors, escaliers, cours, théâtre, bibliothèque, cuisines se succèdent, se surprennent, maintenant en haleine le visiteur.

CHAPELLES PRIEURÉ ÉGLISES



L'église, contiguë au château, bâtisse modeste où furent assassinés, en 1109, Guy et les siens, détruite en 1402, peut être considérée comme la première église paroissiale de La Roche-Guyon.

Elle ne doit pas être confondue avec la chapelle du château, à l'origine de la chapelle actuelle, seule survivance probable de la forteresse décrite par Suger. Il se dit que cette chapelle troglodytique fut creusée à l'endroit où Pience et Clair, notables du pays, furent convertis par saint Nicaise, l'apôtre du Vexin, au début du IVe siècle et qu'ils y subirent eux-mêmes le martyre.

Le prieuré de la Sainte-Trinité s'élevait non loin de cette première église paroissiale, dans ce qui est aujourd'hui le parc ouest du château. Ce prieuré, possession des moines de Fécamp, comme d'ailleurs les cures de La Roche-Guyon et Vétheuil, était déjà établi en 1229 (date d'une donation d'Aélis de Vétheuil au dit prieuré).
Il fut, pendant des siècles, le lieu de sépulture des seigneurs de La Roche. Vers 1780, comme il tombait en ruine, sa chapelle fut réunie à la cure de La Roche et les tombeaux transportés dans la crypte derrière l'église paroissiale.

L'église paroissiale actuelle, dédiée à saint Samson, connut une construction à épisodes : Ce qui caractérise l'extérieur de cette église est sa dissymétrie : il n'y a d'arcs-boutants qu'au sud, encore ne sont-ce que de simples étais assez bas ; point n'en était besoin au nord, où l'église jouxte la falaise.


Le portail, sans tympan, est un simple arc en anse de panier ; l'un des vantaux est d'origine.
Le clocher n'est qu'une tour carrée, sans ornement, chaque face n'étant ajourée qu'à l'étage du beffroi par une baie unique, en tiers-point, recoupée par un meneau et garnie d'un réseau flamboyant.
L'intérieur, éclairé au sud et à l'est par des fenêtres en deux formes, surmontées de soufflets et de mouchettes, comprend un vaisseau central de cinq travées terminées par un chevet plat.
Les piles sont circulaires avec un semblant de chapiteau dans le tailloir duquel s'engagent directement les nervures de la voûte.
Seule, la pile soutenant le clocher, plus volumineuse, est flanquée de colonnettes.
Au sud-est du chevet se trouve le monument funéraire de François de Silly. Ensemble statuaire en marbre blanc, sur socle en marbre noir, élevé par sa veuve, Catherine de Matignon. Le duc est représenté à genoux devant un prie-Dieu sur lequel était posé un enfant en maillot, sa fille unique, partie du monument, malheureusement volée.
Dans les chapelles nord se trouvent les bannières des confréries.

LE CENTRE DU VILLAGE



LA HALLE



L'élément principal du centre du village est la halle de la mairie.
A l'origine, c'était la halle aux blés seigneuriale, dont il ne reste que les piliers ronds.
Les élus de la première assemblée municipale, aux lendemains de la Révolution, siégeant dans les combles de cette halle y entreprirent les premiers travauX (voir "Aperçu historique").



C'est donc tout naturellement, qu'en 1845, les successeurs de ces premiers élus conjuguèrent marché aux blés, prison et mairie.
L'édifice actuel fut inauguré le 8 mai 1847.
Le marché y trouve toujours sa place ; du pesage des grains ne subsiste que la potence du peson, sur la face ouest de la cage d'escalier.

LA FONTAINE





Dessinée par l'architecte du duc Alexandre, Louis Villars, sculptée par Jamay, elle était, à l'origine, surmontée d'un écu (d'où le nom de la place), lui aussi sculpté aux armes des La Rochefoucauld.
Sur sa face ouest, elle porte une plaque en marbre dont l'inscription latine est : Ce qui peut se traduire par : Cette eau, amenée par le sommet des collines, d'une distance de près de quatre milles, par différents canaux, fut consacrée à l'utilité publique par Alexandre, duc de La Rochefoucauld, l'an 1742, sous la direction, par les soins et le talent de Louis Villars, architecte.

A la Révolution, l'écu fut abattu et deux mots, sur la plaque de marbre, furent effacés au burin :"dux" et "ductam", traduits par les représentants du peuple par "duc" et "duchesse" (ductam = amené).

Cette fontaine était alimentée par les conduites venant des sources de Chérence, comme la fontaine et le lavoir de la Charrière-des-Bois, ainsi que le réservoir desservant les différents services du château.

LA GABELLE



Située à l'angle de la rue de l'Hospice et de la rue du Docteur-Duval, la "gabelle" est le nom donné par les habitants du village à ce petit édifice XVIIIe qui dut peu servir comme magasin à sel : l'intérieur en est quasiment intact.

LE POTAGER



Ce vaste jardin, magnifiquement dessiné, du XVIIIe siècle, signalé par l'agronome anglais A. Young, est aujourd'hui à l'abandon.

Il est bordé, côté sud, d'un mur-digue en briques rouges, rempart contre les crues du fleuve.

LA SEINE A LA ROCHE-GUYON



Le village est situé "au sommet" de la boucle de Moisson ; le fleuve y a une largeur moyenne de 170 mètres.

Si l'on se place derrière le parapet construit sur la base de la pile nord du premier pont, on aperçoit, sur la rive opposée, deux édifices :
- sur la droite, une construction restaurée depuis peu : la Maison du Passeur ;
- à gauche, une ferme - La Vacherie - qui était le relais du halage.

Le premier pont fut construit en 1840 et fonctionna jusqu'en 1914. C'était un pont à péage, suspendu, flexible, d'une seule portée, de 190 m ; trop fragile, des vents violents, en 1843, puis un fardier trop lourd, en 1848, enfin une nouvelle tempête, en 1876, l'endommagèrent, ce qui motiva la construction d'une pile médiane.
Lors des crues de 1910, l'eau affleura le tablier de ce premier pont.

Le second pont fut inauguré en 1936. Pont à arche unique, à l'époque, le plus long d'Europe, il devait peu servir puisqu'aux premières heures de la guerre 1939-1945, le Génie français le dynamita.
Sa route d'accès était située entre le mur ouest du potager et l'hôpital.

LES CHARRIÈRES, LES BOVES



Les Charrières, nom donné aux voies de deux toises, avant la Révolution, subsiste pour la "Vieille Charrière de Gasny", partant de l'hôpital et menant, par-delà des crêtes, à Gasny avant que la route de Gasny ne fût construite, au XVIIIe siècle et pour la "Vieille Charrière des Bois", commençant près de la poste et enjambée par l'aqueduc soutenant la conduite d'eau venant de Chérence (XVIIIe).

Le côté nord des deux charrières est bordé de "boves", qui sont, en fait, les plus anciennes habitations de La Roche-Guyon.
Cavités parfois très profondes, creusées dans la falaise, elles servirent d'habitations, de granges, d'étables.
Aujourd'hui encore, de nombreuses maisons adossées à la falaise possèdent une ou plusieurs pièces taillées dans la craie.

Habiter de telles habitations n'était pas sans risques.
Heureusement, les accidents ne sont pas fréquents mais il y en eut :

* 7 août 1693, on lit dans le registre paroissial : ...Pierre Chevallier, décédé du jour précédant, accablé soubs les ruynes et débris de sa maison, renversée de fond en comble par le mauvais effet des carrières prochaines...
Cet éboulement fit six victimes. Il se produisit rue de l'Audience à quelques mètres du chevet de l'église, près de la maison du commissaire des tailles.

* 3 janvier 1810, rue de la Charrière-des-Bois :
Des nombreux documents rédigés lors de cet accident, on peut déduire qu'il n'y eut qu'une victime, l'enfant de la veuve Bracq, vigneronne, âgé de trois ans, et qu'il se détacha du rocher une masse de carrière énorme, ayant écroulé les caves de Michel Alexandre, vigneron et de Elisabeth, veuve Bracq.

* Récemment, en 1979, de nouveau, rue de la Charrière-des-Bois, un éboulement s'est encore produit, éventrant une maison fort heureusement inoccupée.

LES CÔTES, LES CRÊTES, LE BOIS



Tour à tour plantées d'arbres, puis essartées, plantées de vignes, d'abricotiers, de noyers, les côtes de La Roche-Guyon constituent un lieu de promenade exceptionnel.

Le sentier de grande randonnée n° 2 qui les sillonne passe par des bois de résineux (XVIIIe siècle), longe la conduite amenant l'eau de Chérence (XVIIIe également) par des pentes herbeuses où courent encore quelques gourmands de vignes (abandonnées en 1952), débouche sur un promontoire venté d'où l'on découvre la boucle, puis repart parmi les noyers et les noisetiers.
Les botanistes et les entomologistes y sont chez eux, de même que les randonneurs qui trouveront gite d'étape et couvert au village.

Les crêtes, dominant la vallée de la Seine, puis simultanément celles de l'Epte et de la Seine, s'infléchissent au col de la Noue.
Limitrophes du bois ou vastes étendues engazonnées, elles accueillent des milliers de visiteurs venant conclure leur promenade dominicale.

Le bois de La Roche, aujourd'hui forêt régionale de La Roche-Guyon, propriété de la Région Ile-de-France, abrite un arboretum planté de huit bois d'essences différentes, aux formes des départements de la région :

BIBLIOGRAPHIE