LA ROCHE INFO supplément au No 35 (mai 1997)



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La mairie a 150 ans



Avant 1838, la mairie. est hébergée dans les combles de la vieille halle appartenant à la famille de La Rochefoucauld. Cette halle se trouve à l'emplacement actuel. Elle sert pour les marchés et également de magasin aux céréales. L'ensemble du bâtiment est en mauvais état.

Pesage du blé de froment

Du pesage des grains effectué autrefois ne subsiste que la potence du peson, sur la face ouest de la cage d'escalier. Voici un extrait des archives :
9 janvier 1821. Poids à l'hectolitre.
- Adrien Le Goux, laboureur à Haute Isle : 74 kg
- Nicolas Beslon, laboureur à Bois Roger (Eure): 78 kg
- Michel Le Goux, demeurant à Gasny (Eure): 75 kg
signé par le maire Hippolyte Alexandre et les trois boulangers demeurant en cette commune, Jean Robert Huppé, Alexandre Secache, François Lemarié.

En 1839, le sous-préfet de Mantes reproche par écrit au maire de La Roche-Guyon, Ambroise Gabriel Deflandres, de ne faire aucune proposition sérieuse en vue de l'ouverture d'une classe et d'un logement pour un instituteur. Un rapport est fait dans ce sens au préfet de Seine-et-Oise à Versailles.

La commune ne dispose alors ni de locaux (elle est locataire de la famille de La Rochefoucauld), ni de fonds. Pour obtenir une éventuelle subvention de l'Etat ("demande de secours pour payer une partie de la dépense..."), il faut établir un projet de construction, le faire réaliser et bien sûr soumettre ce dossier aux autorités préfectorales.

Maison d'école

L'obligation faite à chaque commune de fournir à son instituteur "un local convenablement disposé, tant pour lui servir d'habitation que pour recevoir les élèves", remonte à la loi Guizot (1833).

Cette maison d'école, en milieu rural, est souvent assez sommaire : "nombreuses sont les salles de classe qui servent également de logement à l'instituteur et à sa famille: le lit conjugal occupe un coin de la pièce, et la cuisine du ménage se fait dans la cheminée ou sur le poêle" (Fabienne Reboul-Scherrer, La vie quotidienne des premiers instituteurs, Hachette, 1989).

Parfois même, l'école est dans une étable ou une salle contiguë. Au moins, les élèves n'y ont pas froid, la chaleur animale circulant entre les deux pièces séparées par une cloison à mi-hauteur où, "de temps en temps, on voyait passer la tête d'un bœuf ou d'un âne qui regardait cette assemblée d'enfants avec de gros yeux étonnés".

La loi Guizot a créé le service public de l'instruction primaire, parallèlement à l'enseignement privé dispensé par les congrégations religieuses. La fréquentation de l'école ne deviendra cependant obligatoire qu'avec Jules Ferry en 1881.


Echange entre M. de La Rochefoucauld et la commune : halle contre bois

Le 12 août 1838, cet échange fait l'objet d'un acte notarié passé devant Maître Alexandre, notaire à La Roche-Guyon.
Le duc François de La Rochefoucauld, ayant reçu en héritage l'ancienne halle et le bâtiment la surplombant, consent à échanger l'ensemble contre un terrain boisé.

La halle est décrite comme "un bâtiment de construction déjà ancienne servant de halle (...) Il se compose par bas d'une place destinée à mettre à couvert les marchands, couverte d'un plancher supporté par de forts piliers en pierre de roche au nombre de vingt cinq".
"A l'une de ses extrémités se trouvent un escalier montant au premier étage, une chambre servant de corps de garde et deux autres petites chambres destinées à enfermer les individus arrêtés."
"Le premier étage auquel conduit l'escalier se compose d'un long corridor conduisant à une salle de mairie puis au logement du concierge préposé par la commune à la garde du bâtiment, au dessus des deux logements est un de ces combles auquel on accède par une trappe."

La pièce de bois, détenue par la Commune et donnée en échange, est ainsi décrite : "En contr'échange M. Deflandres cède et abandonne avec toute garantie trois hectares vingt six ares quatre vingt deux centiares de bois situé au terroir de la Roche-Guyon, lieudit la ceinture du parc à prendre dans la plus grande pièce de manière à tenir d'un côté et d'un bout à M. de la Rochefoucauld, d'autre côté aux terres des coutumes, dont la portion cédée est séparée par un fossé".
Une mention dans la marge précise "6 arpens 40 Perches" (anciennes mesures d'avant le système décimal).
Les frais d'acte se montent à 224,84 francs, droits et timbres compris.
En 1840, un géomètre-arpenteur reconnaît et borne le terrain du bois "de la ceinture du parc". Un rapport et plan annexé sont dûment rédigés et dressés.


Expertise du bâtiment, proposition d'un projet et chiffrage

Le 8 février 1841, à la demande de la commune, un architecte, M. Pascal, rédige un rapport d'expertise sur l'état du bâtiment de la halle. Voici sa conclusion :
"Les réparations avec les mêmes dispositions peuvent être évaluées à la somme de cinq mille francs. La halle ainsi réparée ne pourrait remplir le but que se propose la commune et satisfaire à ses besoins."
M. Pascal fait, d'autre part, une proposition de construction. Ce projet, bien que modifié par la suite, servira de base à la réalisation de notre actuelle mairie.
"Sur un même emplacement, en élevant d'un étage au dessus du plancher de la mairie, du logement du gardien et de la salle des ventes, on pourrait donner à cet étage les destinations ci-après détaillées :
1° un logement complet pour un instituteur, composé de trois chambres et d'une cuisine.
2° une mairie.
3° une salle des ventes.
"Sous la halle et en construction latérale on pourrait établir à gauche une classe, une cage d'escalier et deux cabinets d'aisance - à droite un corps de garde et une prison. Par cette combinaison la commune serait libérée du loyer qu'elle est obligée de payer pour une maison d'école et le logement d'un instituteur, sans diminuer de beaucoup le dessous de la halle puisque deux de ces travées ne seraient pas prises entièrement."
Cette proposition est ensuite détaillée et chiffrée. En comprenant les démolitions, les terrassements et la construction neuve, l'ensemble représente une dépense de 16800 francs. Les honoraires d'architecte sont de 1/20, soit 840 francs.
La partie "école et logement de l'instituteur" a été chiffrée également à la demande de la commune. Elle représente 8800 francs. On peut comprendre que les subventions pour cet usage, dépendant du "Ministère de 'Instruction Publique", devaient faire l'objet d'un paragraphe particulier.
Le préfet de Seine-ct-Oise approuve ce rapport le 16 juin 1842. L'enregistrement se fait à Magny-en-Vexin le 2 août 1844 !


Cahier des charges et soumissions des entrepreneurs

Ambroise Gabriel Deflandres, maire, et ses conseillers (MM. Legoux et Dupuis), rédigent le 25 mai 1844 un cahier des charges en vue de lancer une adjudication. Ce document est excessivement complet.

Chronologie

Depuis 1'instauration du pouvoir municipal, la famille de La Rochefoucauld loue à la mairie une salle dans les combles de la vieille halle.
Le 12 août 1838, le maire de La Roche-Guyon, monsieur Ambroise Gabriel Deflandres, signe conjointement avec le duc de La Rochefoucauld un échange permettant l'acquisition de l'ancienne halle. La commune cède un terrain boisé en contrepartie.
Le 8 février 1841, un architecte-expert remet à la commune un rapport sur :
- l'état du bâtiment
- l'estimation et chiffrage des réparations
- le projet complet de démolition et de reconstruction.
Le 25 mai 1844, un cahier des charges, en vue d'un appel à soumission, est rédigé par la commune.
Le 14 juillet 1844, adjudication et choix de l'entrepreneur
De 1844 à 1847, démolition et reconstruction de la halle et du bâtiment.
Le 8 mai 1847, inauguration de la nouvelle mairie.


Les clauses habituelles garantissant le sérieux, les prix, les délais et toutes les assurances sont minutieusement passées en revue.

Une affiche d'adjudication imprimée, dûment timbrée et visée est apposée dans tout le canton.

Parmi les 26 articles que comporte ce cahier des charges, nous pouvons citer :
"Art. 2 - Nul ne sera admis à soumissionner les travaux, sil n'a les qualités requises pour les entreprendre et en garantir l'authenticité ; il devra être libre de toutes fonctions incompatibles avec celles d'entrepreneur et justifiera de sa capacité par un certificat délivré par un architecte ou un ingénieur et de sa solvabilité en présentant bonne et valable caution pour la garantie et l'exécution de son marché. Ce certificat devra avoir été délivré dans les trois ans qui précéderont l'adjudication. Il indiquera la nature des travaux exécutés ainsi que la manière dont il aura accompli ses engagements. Le cautionnement est fixé au dixième du montant de l'adjudication, il ne pourra être fourni qu'en numéraire.
"Art. 10 - Les matériaux seront de première qualité et les ouvrages de première main d'œuvre, c'est à dire de l'exécution la plus parfaite en général ; les matériaux seront employés dans les dimensions prescrites au devis et l'entrepreneur ne pourra y rien changer sans ordre écrit de l'architecte autrement il ne lui sera point tenu compte de ce qui excéderait et l'on serait en droit d'exiger qu'il remplace ceux des objets qui auront des dimensions inférieures."

Les propositions cachetées de cinq entrepreneurs sont étudiées le 14 juillet 1844. Voici les résultats et les taux de rabais consentis par les entrepreneurs (cf. ci-contre et en bas le texte original) :
1) Fournier 3,75 %
2) Pichon 12,01%
3) Bouju 12,05 %
4) Clément rejeté
5) Goupi rejeté



Commentaires :

"Les deux dernières soumissions ayant été écartées, la troisième devient la dernière.

"Cette dernière soumission de M. Bouju étant la plus avantageuse et après avoir reconnu que le dit sieur Bouju, qui l'a souscrite, réunissait les qualités prescrites et présentait la garantie exigée:

"Les soumissions qui étaient souscrites des signatures des sieurs Clément et Goupi n'ayant pas paru admissibles, elles ont été à l'unanimité des voix et après avoir consulté l'architecte, écartées.

"Nous maire de la commune de la Roche-Guyon, de l'avis de MM. les membres de la commission, avons déclaré le sieur Dominique, René Bouju entrepreneur demeurant à Magny en Vexin adjudicataire des travaux sus mentionnés pour la somme de quatorze mille sept cent soixante quinze francs 60 centimes résultant du rabais de 12,05/100 par lui offert."

Voici l'engagement de M. Bouju, écrit d'une main malhabile, sur papier timbré ("timbre royal de 35 c"):

"Je soussigné mengages envers Monsieur le mairre de laroche-guyon et sauf laprobations de Monsieur Le prefet de seine et oise à faire Les travaux de la halle de larocheguyon pour toute naturre d'ouvrages maconnerie charpante couverture menuiserie pinturre et vitrerie moyennant un rabais de 12 francs 5 centimes pour cent francs.
"A Larocheguyon Le 14 julliette Mil huit cent quarant quatre
"Signé: Bouju Entrepreneur a magny seine el oise"


La construction, sans la partie école et logement de l'instituteur, commence dès 1844.

La période 1840-1848

La France vit sa deuxième restauration de la monarchie depuis 1830 (Monarchie de Juillet). Louis-Philippe est roi.
1841 : le maréchal Bugeaud est gouverneur de l'Algérie.
1843 : ouverture des lignes de chemin de fer Paris-Rouen et Paris-Orléans.
1847 : soumission de l'émir Abd el-Kader ; pacification de l'Algérie. Le duc d'Aumale (fils de Louis-Philippe) succède à Bugeaud comme gouverneur de l'Algérie.
1848 (février) : révolution à Paris et en province. Abdication de Louis-Philippe. Gouvernement provisoire. L'Assemblée proclame la Deuxième République le 6 mai.


Les aléas de la construction

En 1844, pendant que la commune procède au choix de l'entrepreneur, la "Commission des Bâtiments Civils du département de Seine et Oise", organisme dépendant de la préfecture, examine à nouveau le descriptif de l'architecte.
Elle apporte un certain nombre de modifications. Dans le domaine pratique, la Commission propose de doubler le nombre de fenêtres du premier étage.
Esthétiquement, le projet initial est critiqué. Les entrées sous la halle deviennent cintrées, ainsi que toutes les "croisées" du bâtiment. La toiture est revue avec une couverture en tuiles creuses.
Tout ceci a une incidence sur la construction qui devra être plus solide et plus compliquée.
L'architecte Pascal écrit une lettre à la commune. Il est bien obligé de se plier aux exigences de l'administration.
Le dépassement de coût qui résulte des modifications est estimé à 2 000 francs. Ceci représente une augmentation de près de 12 % !
Pour s'en sortir honorablement, il termine ce mémoire de la façon suivante :
"Je serais heureux, Monsieur le Maire, si votre commune consentait à voter cette somme, de me conformer au plan que vous m'avez transmis et d'attacher à cette construction plus de prix en lui donnant plus de légèreté et d'importance.
"Je me permettrai seulement quelques réflexions qui pourraient tendre à faire prendre mon projet en considération :
"La commune de la Roche Guyon a conservé un cachet d'ancienneté dont les habitants, à juste titre, se glorifient. De précieux souvenirs se rattachent à la plupart des constructions qui furent habitées par tant d'illustrations [sic]. Le château adossé à un rocher insurmontable a toujours servi de type aux maisons qui furent construites depuis. Là n'existent pas de ces charmantes habitations qui environnent Paris et qui semblent rivaliser d'élégance et de bon goût; c'est pourquoi j'ai voulu dans mon projet allier l'utilité à l'économie et suivre le sentier battu au pied de ce rocher si imposant, en proposant une construction en rapport avec celles qui l'environnent. C'est, je crois, bien comprendre le progrès des lumières que partager le désir des habitants qui veulent perpétuer le souvenir des faits historiques dont leur pays fut le théâtre".

Les plans sont repris dès l'été 1844, Ce n'est plus M. Pascal qui est architecte maître d'œuvre mais M. J. Tannery. L'aspect extérieur présenté à cette époque est celui que nous connaissons aujourd'hui, à quelques détails près.

Le chantier commence réellement fin 1844. Beaucoup de surprises et d'aléas surgissent alors.

La démolition ne semble pas avoir été simple ; les anciens piliers doivent être réutilisés, mais beaucoup d'éléments de pierre sont à refaire à neuf. Beaucoup de pièces de bois sont détruites au démontage.

Un petit "incident", signalé dans la rubrique des dépenses imprévues mérite d'être rapporté :
"Nétoyage de la fosse d'aisance 5 francs
"1 litre d'eau de vie payé aux ouvriers occupés dans la fosse d'aisance 1 franc".


La lecture des décomptes finaux, dans sa deuxième section, intitulée "dépenses de régie, travaux imprévus ou pour lesquels par suite des changements opérés en cours d'exécution il n'existe pas de prix au devis", nous permet de voir que les exigences de la commission départementale ont eu une forte influence sur les coûts de toiture, huisseries, serrurerie et peinture.

Le dépassement du devis est supérieur à l'estimation de l'architecte Pascal. En effet, M. Tannery chiffre cette deuxième section à 2 262 francs (soit encore 13% de plus !).

Le 1er novembre 1845, le bâtiment devait être couvert et mis "hors d'eau". En réalité, la couverture n'est terminée que le 3 janvier 1846 ; le chantier étant à ciel ouvert durant les mauvais mois de l'année. Le gros œuvre se termine au printemps 1846.

La lecture des divers rapports (établis par l'entrepreneur, l'architecte, les responsables municipaux, MM. Deflandres, maire, Legoux et Duval, adjoints) montrent qu'il y a eu beaucoup de tiraillements, de mauvaises initiatives, une coordination défaillante, etc.

Ces difficultés, d'origine plus humaine que technique, feront l'objet de différends importants en 1846 et au début de 1847.

L'année 1847

En France, l'hiver s'est achevé tardivement et a été très dur, provoquant un très fort mécontentement parmi les plus humbles. Le pain est plus cher, les produits frais tardent à arriver en ce printemps frileux. Ce sera l'une des causes de la révolution de 1848 (22 au 25 février) et de l'avènement de la IIè République qui amènera Louis Napoléon Bonaparte à la présidence de la république.
En Algérie, la "pacification" s'achève. Abd el-Kader se rendra en décembre au terme de la dernière campagne du maréchal Bugeaud.
1847, c'est encore l'époque où Dumas vient de publier Les Trois Mousquetaires, George Sand La Petite Fadette et où
Viollet-le-Duc peaufine son Dictionnaire raisonné de l'Architecture française dans lequel La Roche-Guyon occupe une place de choix.
Enfin, c'est le début de la ruée vers l'or en Amérique, et du rêve californien.


Différends entre la Commune et l'entrepreneur

Voici les comptes présentés en fin de construction.

ESTIMATION

- devis de soumission 16 800,00 F
- rabais de l'entrepreneur Bouju (12.05 %) 2 024,40 F
- devis diminué du rabais 14 775,60 F
- estimation de dépassement par M. Pascal,
suite à la Commission départementale
2 000,00F
- devis total 16 775,60F

REALISATION (fin 1845)

- ouvrages exécutés aux prix du devis (y compris
modifications de la Commission départementale)
16 544,36 F
- dépenses imprévues suite changements et aléas 2 262,21 F
- total 18 806,57 F
- honoraires de l'architecte 954,83 F

L'entrepreneur refuse ce calcul. Selon lui, cette somme est inférieure de 2 073,87 francs à la réalité.

Il justifie ce dépassement en présentant un mémoire complémentaire. Ce document est annexé aux comptes de fin 1845.

Le préfet de Seine-et-Oise est saisi de cette réclamation. II demande à M. Tannery, l'architecte, de vérifier le bien-fondé de la demande de M. Bouju.

Le 6 janvier 1846, il produit une contre-expertise et la somme de 2 073.87 F est ramenée à 1 586,52 F. Cette nouvelle somme est acceptée par M. Bouju, mais la commune continue à la contester.

Le 2 avril 1846, MM. Deflandres et Legoux, maire et adjoint, présentent au conseil municipal un rapport de malfaçon. Il est reproché à l'entrepreneur d'avoir été négligent, incompétent et gaspilleur. On laisse entendre que son honnêteté n'est pas irréprochable... Le préjudice causé est estimé à 1 400 francs.

La situation en cette année 1846 est donc très tendue.

Tout se règle à l'amiable le 10 avril 1847. On peut lire une annotation marginale sur le mémoire de M. Tannery précisant :
"La Commune a réclamé 1 400,00 francs - Bouju réclame 1 586,52 f. L'affaire a été réglée à l'amiable le 10 avril 1847. La commune a renoncé à cette réclamation et les héritiers Bouju acceptent la somme restreinte à 236,60 f."

On peut noter la position difficile de M. Tannery, architecte, qui a dû produire plusieurs rapports d'expertise concernant ces litiges. Le préfet a, chaque fois, fait appel à lui, lors de la réclamation de l'entrepreneur comme lors de la plainte de la commune.

Cérémonies prévues

Le 18 août 1844 a lieu la cérémonie de la pose de la première pierre. M. Deflandres, maire, avait demandé à M. le duc de La Rochefoucauld de faire ce geste. Ceci ne fut pas possible.

La première pierre fut donc posée par Monsieur le Maire, assisté de Monsieur Alexandre, notaire, représentant la famille de La Rochefoucauld.

Nous ne disposons d'aucunes archives sur l'inauguration. Quelques lignes dans le livre d'Emile Rousse (La Roche-Guyon, 1892) évoquent la mairie :
"Une nouvelle mairie, plus prétentieuse que monumentale, un grand hospice, des maisonnettes propres et confortables, des plantations de tilleuls sur la place du château et sur la route d'Hautisle, donnent au bourg un air de petite ville.
"Nota : la nouvelle mairie a été terminée le 8 mai 1847 sur l'emplacement de l'ancienne halle qui appartenait au duc de La Rochefoucauld. Le 30 juin 1838 un échange avec le duc avait rendu la commune propriétaire de cette halle."

Travaux et modifications de 1847 à nos jours

Voici une liste non-exhaustive de différents travaux réalisés sur la mairie :

- 1863 : construction d'un escalier et d'une aire au grenier.
- 1866 : pavage de la halle.
- 1931/32 : consolidation de l'escalier.
- 1953 :réparation de piliers et entretien de la fosse septique.
- 1954 : suite aux bombardements de 1944, réparations importantes (piliers ébranlés)
Nota: les experts avaient envisagé la démolition de la mairie et sa reconstruction.
Citation du registre des délibérations du 16 février 1954 :
"Attendu qu'à la suite des bombardements, M. l'ingénieur Tieffinè et divers experts avaient émis la nécessité de démolir la Mairie et de la reconstruire, vu les dommages subis par cet immeuble,
Attendu que ces travaux auraient entraîné des frais énormes, sans pouvoir réaliser un immeuble d'un style analogue à celui-là, il fut décidé de faire les réparations principales et indispensables."
- 1957 : éclairage électrique de la halle, chauffage central au gaz.
- 1959 : restauration du plafond de la halle.
- 1960 : restauration des façades Nord et Sud.
- 1964 : pose d'une horloge électrique.
- 1976 : traitement des bois.
- 1983/84 :réfection intérieure de la mairie (escalier, bureaux...). Inauguration de la salle Joseph-Kosma le 20/10/84.


Cette rapide évocation de l'histoire de notre mairie nous permet de comprendre dans quel état d'esprit nos aînés avaient conçu le projet de la maison commune.

Il est fait très souvent état de "la Halle" et le terme de mairie est passé sous silence. En réalité, le plus important, il y a cent cinquante ans, était d'assurer dans les meilleures conditions les marchés réguliers. Ils étaient source d'échanges, de rencontres ils étaient la vie de notre village. Accessoirement, les actes administratifs, assez peu nombreux à cette époque, pouvaient être réglés "au-dessus du marché"

Les choses ont bien changé. Les déplacements faciles, la vie moderne, la concurrence, les regroupements urbains ont modifié les actes de commerce. En revanche, les formalités et les "paperasseries" administratives se sont multipliées...

Autre temps, autres mœurs !






La mairie a 150 ans


Supplément au n° 35 de La Roche Info - mai 1997

Préparation :
Françoise BERNARD- Jack COTARD
Christine FORGE - Jacqueline JOUANNY-
Clarisse PRAULT

Rédaction :
Jean-Marie COURGEON-
Thierry DELAHAYE - Alain QUENNEVILLE

Couverture et illustrations :
Francis CASSOU



Mairie de La Roche-Guyon

01 34 79 70 55